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Musique classique et opéra par Classissima

Antonio Vivaldi

dimanche 29 mai 2016


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KLARTHE, nouveau label français

Classiquenews.com - Articles CD, actualités du label KLARTHE. Le jeune label français KLARTHE surprend dès le lancement de ses premiers albums. Parmi un corpus déjà varié, la Rédaction cd de CLASSIQUENEWS a distingué deux enregistrements plutôt convaincants pour ce printemps 2016 (avant de nouveaux titres tout autant méritants, salués par une critique dédiée…): Les Quatre saisons de Vivaldi par l’Orchestre Baroque de Barcelone (Gilles Colliard, direction) – d’autant plus marquantes qu’elles sont publiées avec les textes poétiques que Vivaldi avait associé à chaque Concerto- : soit un Vivaldi dans le texte…-, et un recueil monographique regroupant 7 partitions du compositeur contemporain Samuel Andreyev : Moving. Soit 2 cd récompensés par un CLIC de CLASSIQUENEWS. 2 cd “CLICS” de CLASSIQUENEWS 2 cd Klarthe à connaître absolument CD, compte rendu critique. MOVING. Pièces de Samuel Andreyev (2003-2015) : Bern Trio, Moving,… ensemble proton bern (1 cd Klarthe, 2015). Le nouveau label discographique Klarthe nous dévoile la sensibilité crépitante et très réfléchie du jeune compositeur d’origine canadienne, Samuel Andreyev. Moving est un remarquable album monographique d’un jeune compositeur à l’exigence sonore aiguë. Ses oeuvres très écrites ne cèdent en rien à l’artifice de la seule performance mais accréditent l’idée d’une modernité soucieuse de sens et de développement et de temporalité sonore. Le programme dans son ensemble est lumineux, intelligent et pour les interprètes autant que l’auditeur, d’un impact continu, exaltant. En mai et juin 2015 à Paris (Maison de Radio France), les instrumentistes de l’ensemble proton bern, sous la direction de Matthias Kuhn, enregistrent plusieurs oeuvres de Samuel Andreyev, né en 1981, rassemblant comme en un album monographique, les pièces les plus emblématiques du jeune compositeur, soit 7 compositions, de la plus ancienne PLP (2003) à Bern Trio (2015). LIRE la critique complète du cd MOVING, recueil monographique réunissant 7 partitions de Samuel Andreyev . Entretien avec le compositeur Samuel ANDREYEV à propos de “Moving”… CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une énième version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vérité celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe à la musique ; pour l’intégrité de sa réalisation instrumentale… à la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (récent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur à l’éloquence discrète mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habitué des plateaux télé et directs olympiques que des studios où s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le récitant précise le climat concerné, les séquences narratives qui lui sont associées : c’est un relecture des Saisons dans le texte poétique d’époque. LIRE la critique complète du cd GENESIS / Les Quatre Saisons de Vivaldi par l’Orchestre Baroque de Barcelone . Entretien avec Gilles Colliard. LES CLICS de CLASSIQUENEWS : voir les derniers cd élus “CLICS” de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016

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25 mai

Entretien avec Gilles Colliard… Jouer les Quatre Saisons de Vivaldi

Entretien avec Gilles Colliard. A l’occasion de son enregistrement chez Klarthe, d’une nouvelle version des Quatre Saisons de Vivaldi, le violoniste, chef et compositeur Gilles Colliard répond aux questions de CLASSIQUENEWS. Récemment nommé directeur musical de l’Orchestre baroque de Barcelone, Gilles Colliard travaille la sonorité et la tension rythmique mais aussi ajoute les textes poétiques originels que Vivaldi avait associé à chacun des Concertos pour violon qui compose aujourd’hui les Quatre Saisons. Point sur une lecture personnelle d’une partition ultra célèbre. CLASSIQUENEWS : Quel est le plus grand défi en tant qu’interprète face aux Quatre saisons (pour vous comme soliste et comme chef/leader ? GILLES COLLIARD : Le défi est toujours le même. Servir cette musique comme toutes les autres avec un souci d’authenticité musicale permanent. J’ai (et c’est le propre des interprètes) le désir de toucher, d’émouvoir, mais il est clair que je ne chercherai pas à user de tel ou tel artifice pour ce faire. Ce n’est pas ce qui habite l’artiste – j’entends par là son “monde intérieur, aussi riche soit-il – qui doit recouvrir cette musique de son propre verni. C’est simplement l’intégrité de sa démarche et l’intelligence de sa lecture qui devrait pouvoir révéler la richesse intrinsèque de l’oeuvre. Je n’ai bien sûr pas la prétention de dire que j’ai réalisé ici ce rêve de n’être qu’un outil au service du compositeur mais je puis vous assurer que tous mes efforts y étaient tournés! CLASSIQUENEWS : Pour vous, les Quatre Saisons restent une partition descriptive et purement narrative, ou pouvons nous en déduire d’une certaine façon le génie poétique et esthétique de Vivaldi qui tendrait vers l’abstraction de la musique pure ? GILLES COLLIARD : La musique descriptive, représentative, est une forme répandue en cette ère baroque. Je ne sais si la démarche consciente du créateur est de tendre vers quoique ce soit. Je dirais plutôt que les arts se réunissent car ils ont tous le même fil d’Ariane: la rhétorique. Une rhétorique basée sur des tactus, ces derniers régissant la musique, la danse comme le théâtre. En ce début de 18ème siècle, la perception de l’art et de son expression n’est pas encore rentrée dans le drame des “spécialisations”. Un compositeur est lui même interprète, poète, dirige ses oeuvres et enseigne. C’est justement l’appréhension vaste de la création qui façonne l’être. J’ai donc tout naturellement souhaité présenter pour la première fois en disque une version avec narrateur. C’est une aventure que je voulais vivre avec mon ami Nelson Monfort, homme sensible, cultivé, amateur de musique dans son sens étymologique: aimer. C’est aussi une belle rencontre, en la personne de Julien Chabod, directeur de Klarthe, merveilleux clarinettiste, qui a osé accepter de se lancer dans un vrai défi: oser une énième version d’une œuvre déjà trop enregistrée! CLASSIQUENEWS : Qu’apporte précisément l’intégration aux moments choisis, des textes originaux ? Qui les a écrits ? Savons nous précisément comment Vivaldi les considérait par rapport à sa partition ? GILLES COLLIARD : Nous ne savons pas grand chose. Réellement, nous ne disposons d’aucun document, d’aucune information à ce sujet. On sait par la lecture de la correspondance du “Prête roux” que cet opus rencontra visiblement un grand succès (il reste étonnant de constater que les Quatre Saisons disparaîtront avec son auteur, ce dernier emportant dans sa tombe la totalité de sa production, jusqu’au souvenir même de sa propre existence, pour ne réapparaître qu’au milieu du 20ème siècle!). Si tout le monde peut reconnaître les nombreux thèmes de l’oeuvre, l’écoute du texte offre indiscutablement des clés de compréhension essentielles. Les poèmes sont de la main de Vivaldi ainsi que la répartition des phrases dans le texte musical. Je me suis permis de “broder”, d’augmenter le texte, afin de renforcer la narration tout en tâchant de ne point la pervertir. CLASSIQUENEWS : Avez-vous découvert des éléments nouveaux ou que vous ne connaissiez pas en vous immergeant dans Les Quatre Saisons, à propos de la partition ou de Vivaldi ? GILLES COLLIARD : Cette partition, je suis né avec!!!! Elle me hante depuis toujours et revêt aussi une importance particulière dans ma “construction” personnelle puisque décisive quant au choix, alors adolescent, de consacrer une grande partie de mon temps à l’étude de la musique baroque. On ne cesse de découvrir jour après jour des éléments nouveaux, dans la musique, dans les rencontres, dans l’observation, dans la cohue comme dans la solitude. C’est un principe de vie qui me frappe en permanence. CLASSIQUENEWS : Quelles sont les qualités distinctives de l’orchestre Baroque de Barcelone dont le présent enregistrement témoigne particulièrement ? GILLES COLLIARD : Cet ensemble peut se résumer en deux mots: jeunesse, enthousiasme. Les instrumentistes sont curieux, ont envie d’apprendre, sont ouverts. Je combat toute forme d’intégrisme. Le monde de la musique est plein de “gens qui savent”. La seule chose que je sache, c’est que j’en sais chaque jour un peu plus et que je souhaite ardemment partager avec eux cet “un peu plus” sans perdre de vue que mon point de vue s’étaye sur des connaissances “établies” (traités et autres sources indiscutables) comme sur le fameux “bon goût”, toujours subjectif et une sensibilité qui est la mienne et, qui dit sensibilité, dit aussi vulnérabilité. Propos recueillis en mai 2016. CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une énième version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vérité celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe à la musique ; pour l’intégrité de sa réalisation instrumentale… à la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (récent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur à l’éloquence discrète mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habitué des plateaux télé et directs olympiques que des studios où s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le récitant précise le climat concerné, les séquences narratives qui lui sont associées : c’est un relecture des Saisons dans le texte poétique d’époque. … EN LIRE +




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22 mai

Compte rendu critique, opéra. Avignon, Opéra. Le 24 avril 2016. Donizetti : Lucia de Lammermoor

Compte rendu critique, opéra. Avignon, Opéra. Le 24 avril 2016. Donizetti : Lucia de Lammermoor. À reprise de production, reprise d’introduction. Je reprends donc, un peu enrichie, mon entrée en matière d’avril 2007 lorsque cette mise en scène magnifique de Frédéric Bélier-Garcia fut présentée à l’Opéra de Marseille, d’autant qu’elle n’a pas vieilli si elle a certainement mûri. De même, je reprends mes notes, augmentées, sur « La folie dans l’opéra» de l’émission ancienne de France-Culture, Les Chemins de la musique de Gérard Gromer à laquelle je participai, en partie utilisées pour mon émission de Radio Dialogue, « Le blog-note de Benito ». Hommes fous et folie de femmes Je rappelle donc, simplement que, dans l’opéra, la folie semble d’abord masculine : dans une tradition médiévale du « chaste fol », le Perceval de Chrétien de Troyes (le Parsifal de Wagner) ou fol par amour, dont La Folie Tristan aussi de la fin du XIIe siècle,l’Orlando furioso (1516, 1521, 1532) de l’Arioste, met en scène Roland, autre preux chevalier délirant, vaincu par l’amour, qui aura un sort lyrique prodigieux, mis en musique par Lully, Hændel, Vivaldi, Haydn, et des dizaines d’autres compositeurs, modèle de l’héroïsme déchu par le triomphe du sentiment amoureux sur la valeur des armes dans l’idéologie courtoise et féminine où l’amour prime la force et civilise le guerrier. Xerxès, Serse, de Cavalli ou Hændel, et de tant d’autres sur le livret de Métastase, est un général et roi des Perses fou qui chante son amour à un platane dans le célèbre « Largo ». Mais il faut attendre la fin du XVIIIe siècle et Mesmer, le célèbre magnétiseur, puis Ségur au début du XIXe, pour attirer l’attention sur le somnambulisme féminin, référé à la folie et provoqué par la musique, l’harmonica en l’occurrence. La folie féminine est donc un thème à la mode lorsque Walter Scott publie en 1819 son roman, The bride of Lammermoor, qui fait le tour de l’Europe, inspiré d’un fait réel, histoire écossaise de deux familles ennemies et de deux amoureux, autres Roméo et Juliette du nord, séparés par un injuste mariage qui finit mal puisque Lucy, lors de sa nuit de noces, poignarde le mari qu’on lui a imposé et sombre dans la folie. Les grandes cantatrices, qui remplacent désormais les castrats dans la plus folle virtuosité, requièrent des compositeurs des scènes de folie qui justifient les acrobaties vocales les plus déraisonnables, libérées des airs à coupe traditionnelle mesurée. Bref, sur scène, la femme perd la raison qu’on lui dénie souvent encore à la ville : à la fin du XIXe siècle, des savants, des phrénologues, concluent encore sérieusement que le moindre poids du cerveau de la femme explique son infériorité naturelle comparée à l’homme… Peut-être n’est-il pas indifférent de rappeler que, juste avant sa mort, Donizetti, qui fixe pratiquement le modèle canonique de l’air de folie fut enfermé dans un asile d’aliénés à Ivry… La réalisation Parler encore des mises en scène de Bélier-Garcia, c’est aligner une suite, jusqu’ici, de productions où l’intelligence le dispute à la sensibilité. C’est dire si nous attendons avec impatience sa vision du Macbeth de Verdi à Marseille en ce début de juin, après ses superbes Verlaine Paul et Don Giovanni ici même, avec presque la même équipe (Jacques Gabel pour les décors, Katia Duflot pour les costumes et Robert Venturi pour les lumières). Et c’est redire que Frédéric Bélier-Garcia reprend, affinée, raffinée encore sa mise en scène exemplaire de profondeur, de subtilité et de sensibilité : ensemble et détail y font sens, sans chercher le sensationnel, avec un naturel sans naturalisme comme je disais alors. À Avignon, sa Note d’intention, « L’obscure fascination du plongeon », est exemplaire et traduit sa fine analyse de l’œuvre et des héros romantiques dont il synthétise la fascination pour leur propre perte en une saisissante formule littéraire et poétique à la fois : l’ « enivrement solaire du malheur », allusion au « soleil noir de la mélancolie » de Nerval sans doute. Du malheur, faire lumière, et musique. Une scénographie unique justifiée par l’histoire et la symbolique des noms : évoquée sinon visible, mais sensible, la tour en ruine de Wolferag (‘loup loqueteux’) d’Edgardo, ruiné, est le présent et sans doute le futur de ceux qui l’ont ruiné et se sont emparés du château de Ravenswood (‘ bois des corbeaux’) des charognards, à leur tour menacés de ruine : deux faces d’un même lieu ou milieu social, façade encore debout pour le second, incarné par Enrico, nécessité de maintenir le rang, de redorer le blason, quitte à sacrifier la sœur, Lucia, Juliette amoureuse de l’ennemi ancestral, le trait d’union humain et lumineux entre les lieux et les hommes, victime du complot des mâles. Toujours semblable mais variant selon les lieux divers du drame, la scénographie symétrique des ennemis dit la symétrie des destins, la vanité des luttes civiles, des duels, car tout retourne au même : à la ruine, à la mort. L’espace global, apparemment ouvert, pèse sur toute l’œuvre comme un paysage mental de l’enfermement, intérieur d’une indécise conscience, d’un esprit fragile sinon déjà malade, assiégé par l’ombre et les fantasmagories, se regardant avec la complaisance au malheur soulignée par Bélier-Garcia dans la fontaine sans fond de la conscience obscure ou puits de l’inconscient. Une nocturne et vague forêt de branchages enchevêtrés, brouillés, gribouillés sur un sombre horizon qui ferme plus qu’il n’ouvre, qui opprime et oppresse et se teint de rouge d’un sang qui va couler, image mentale de l’inextricable. Vague horloge détraquée ou lune patraque. On songe aux encres fantomatiques de Victor Hugo, à quelque cauchemar de Füssli, cohérence esthétique avec l’univers romantique fantastique de W. Scott, époque référée par les costumes de Duflot, mais aussi, par ces lumières signifiantes, à la Caravage et Rembrandt, peintres de la lumière et de l’ombre. Règne du « clair-obscur », au vrai sens du mot, mélange de clair et d’obscur, de l’ombre, de la pénombre, de l’angoisse de l’indéfinition ; un vague rayon diagonal, presque vertical, arrache du noir des groupes plastiques d’hommes, l’inquiétante « nuit des chasseurs » de la Note d’intentiondu metteur en scène, sinon « Nuit du chasseur », référence presque explicite au film deCharles Laughton de 1955 avec l’inquiétant Robert Mitchum : sur des lignes diagonales et horizontales, flots confluents de corbeaux morbides, prêts au combat à mort. Des ombres deviendront immenses, menaçantes. Seule lumière pour Lucia, astre lumineux de cette nuit, une écharpe rouge, le sang de la fontaine, prémonition du meurtre final de l’époux imposé : une passerelle, dérisoire balcon romantique sur le vide amoureux ou le gouffre où plonge la folie. Un étrange nuage flotte parfois vaporeusement sur un fond incertain. Des signes remarquables marquent la décadence : meubles sous des housses, déjà des fantômes pour l’encan des enchères, un lustre immense, au sol, déchu, enveloppé, se lèvera comme une lune de rêve pour les noces de cauchemar. Les costumes de Katia Duflot, sombres comme l’histoire, sanglent les hommes de folles certitudes meurtrières, adoucissent les femmes de voiles et de teintes plus tendres ; le manteau clair de Lucia est un sillage de pureté qui prolonge son innocence mais sa robe rouge est déjà sanglante. Interprétation Dès l’ouverture et son inquiétante sonnerie de cors, expressivement sombre dans sa brièveté, cédant vite la place à l’action dramatique et funèbre, Roberto Rizzi Brignoli,à la tête de l’Orchestre Régional Avignon-Provence au mieux, se situe dans la lignée des grands chefs lyriques italiens, habile à dessiner nettement les contours d’une remarquable construction dramatique concise, efficace dans l’alliance du librettiste et du musicien, tout en faisant rutiler des couleurs romantiques qui ne semblent aujourd’hui des clichés que parce qu’elles ont fait école en leur temps, sans jamais mettre en danger des chanteurs généreusement dirigés et servis pour une œuvre où prime la vocalité. Comme toujours, à Avignon, grâce à l’oreille de Raymond Duffaut, tous les changeurs méritent mention, même dans ces rôles dits mineurs mais sans lesquels n’existerait pas l’opéra. On citera donc le Normanno d’Alain Gabriel de belle allure. Tout d’élégance physique et vocale, Julien Dran, autre ténor, impose un Arturo de grande classe, mari imposé à Lucia et future victime de sa contrainte épouse. Dans l’emploi de l’ambigu chapelain Raimondo, au rôle guère glorieux d’un prêtre entrant dans un complot familial contre la jeune femme manipulée, lui faisant un chantage familial au souvenir de sa mère pour lui imposer un mariage politique et non moral, la basse Ugo Guagliardo déploie une voix on ne sait si de brume ou de rhume, mais un talent certain de comédien. Du rôle toujours ingrat de confidente, en Alisa, Marie Karall, mezzo, fait une sensible amie impuissante à la première loge du drame de l’héroïne. Enrico, le frère brutal de Lucia, c’est le baryton Florian Sempey, superbe d’arrogance, d’impatience, de violence, qu’il traduit d’une riche voix sans faille même dans l’aigu, timbre mordant d’animal prêt à mordre, représentant extrême de l’univers des hommes, des chasseurs impitoyables, prêt à fondre sur la proie, à en découdre, à déchaîner la foudre, mais s’abaissant aux retorses manœuvres : le piège le plus bas, le leurre à la colombe pour la prendre dans ses rets. Face à lui, l’Edgardo du ténor Jean-François Borras, n’est pas un héros romantique désarmé fuyant dans l’évanescence et les rêves d’aigus montant avec aisance au mi bémol mais un digne ennemi capable de tenir tête : la voix est mâle, large, puissante, ample dans un médium aux couleurs presque de fort ténor qu’il sait magnifiquement alléger. Aux côtés d’une déjà morbide Lucia, fascinée par la mort, sa solidité physique et vocale très terrestre, rassure par la protection qu’il peut apporter à cette femme éthérée. La grâce un peu irréelle de la voix de Zuzana Marková répond à une silhouette gracile qui prête au personnage une fragilité touchante qui la rend plus vulnérable et pitoyable au milieu de cet univers sombre et animal des hommes : victime désignée par son physique et ses gestes affolés d’oiseau candide égaré au milieu des rapaces prédateurs. Placés trop loin pour percevoir si elle a dramatiquement la folie du personnage dans son ultime scène, elle en a personnellement les notes (du moins celles de la version colorature aiguë traditionnelle, qui n’est pas l’originale, plus basse, rétablie par le chef Jesús López Cobos). Voix facile, longue, elle la file avec délicatesse grâce à une solide technique, aborde avec franchise les écueils de la tessiture, tente des pianissimi d’une rare finesse, au risque d’un soupir absent de souffle, aussitôt renoué, replacé : une belle virtuose. On ne saurait être complet sans un salut aux chœurs (Aurore Marchand) participant de la fureur des hommes, de la compassion des femmes, funèbres spectateurs du sombre final. Opéra Grand Avignon Lucia di Lammermmor de Gaetano Donizetti Les 24 et 26 avril 2016 Orchestre Régional Avignon-Provence et chœurs de l’Opéra Grand Avignon (Aurore Marchand) sous la direction de Roberto Rizzi-Brignoli. Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia, assistante : Caroline Gonce. Décors : Jacques Gabel. Costumes : Katia Duflot. Lumières : Roberto Venturi. Distribution : Lucia : Zuzana Marková ; Alisa : Marie Karall ; Edgardo : Jean-François Borras ; Enrico : Florian Sempey Raimondo : Ugo Guagliardo ; Arturo : Julien Dran ; Normanno : Alain Gabriel. Photos : Cédric Delestrade (ACM-STUDIO)

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19 mai

L’Orlando de William Christie à Zurich

ZURICH. Orlando de Handel par William Christie, jusqu’au 25 mai 2016. Bill retrouve son cher orchestre suisse à Zurich, La Scintilla, fleuron des phalanges sur instruments d’époque, une Rolls instrumentale qui lui permet de ciseler et insuffler à sa propre lecture de Haendel, le nerf, l’élégance, le sens dramatique dont il détient seul le secret. Au coeur d’Orlando, rgène sans partage la lyre délirante, hallucinée inspiré de L’Arioste : errance et folie du chevalier amoureux Roland dans une forêt devenue labyrinthe aux épreuves pour un dévoilement voire une révélation finale qui le libérera totalement de ses entraves personnelles. Créé le 27 janvier 1733 à Londres, Orlando (créé par le castrat vedette de Haendel, Il Senesino) met en scène le cheminement des cœurs entre raison et passion. La production reprise à Zurich est déjà ancienne : la vision scénographiée et visuelle de Jens-Daniel Herzog enferme le pastoralisme permanent et les références au milieu sylvestre et arboricole dans un lieu fermé, asphyxiant, un hôpital des années 1920. La bergère Dorinda devient infirmière, juste transposition qui convient au caractère, car elle soigne de facto les âmes chancelantes et perdues. Le mage Zoroastro est évidemment un médecin, guérisseur vraisemblable et impressionnant au vrai charisme. Enfin Orlando, victime de l’amour, est la proie manifeste d’un dérèglement des sens, un être détruit par la passion qui le submerge et le ronge… En filigrane, un couple principal – ainsi présenté, la reine Angelica et le prince Medoro s’aime et se déchire, alors qu’ils sont respectivement aimés simultanément par Orlando et Dorinda… La tradition lyrique s’est habitué à distribuer le rôle titre à un alto voire contralto (par exemple la contralto Marijana Mijanovic dans le dvd qui existe de cette production) ; en 2016, c’est plutôt un haute contre, ici Bejun Mehta, voire aigre et peu nuancé qui exécute systématiquement ses parties sans guère varier, colorer, affiner ; c’est du moins le reproche émis à l’écoute de son interprétation sous la baguette de René Jacobs dans un coffret cd récent édité par Archiv (2013). Pourtant l’opéra, surtout psychologique, comporte une scène fameuse, celle de la folie d’Orlando à la fin du II, Héros aux pieds d’argile. Avant nos Batman, Spiderman, Hulk ou Superman…. autant de vertueux sauveurs dont le cinéma ne cesse de dévoiler les fêlures sous la… cuirasse, les figures de l’opéra ont elles aussi le teint pâle car sous le muscle et l’ambition se cachent des êtres de sang, inquiets, fragiles d’une nouvelle humanité tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully, Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel… avant Siegfried de Wagner, héros trop naïf et si manipulable. Sur les traces de la source littéraire celle transmise par L’Arioste au début du XVIème siècle et qui inspire aussi Vivaldi, voici le paladin fier vainqueur des sarasins, en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frêle face à la toute puissance d’Eros. Un chevalier dérisoire en somme, confronté au dragon du désir. … Mais impuissant et rongé par la jalousie le pauvre héros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquérant infléchir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symétrique mais féminin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle Angélique. Passionanntes Angelica et Dorinda La musique exprime le souffle des héros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et déferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poésie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassées et mécaniques du séria napolitains. Gorgé d’une saine vitalité, William Christie connaît son Haendel comme peu… le maestro, fondateur des Arts Florissants en 1979, reste indépassable par le sentiment et l’alanguissement. DORINDA, un personnage captivant. D’une juvénilité incandescente, pleine d’expressivité ardente et naturelle : un modèle d’élocation dramatique qui rééclaire le rôle de Dorinda, en fait bien cette sœur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. Les grandes lectures savent éclairer et souligner le profil féminin, véritable double opposé du sombre Orlando. Les chefs haendéliens savent fouiller le relief et l’activité émotionnelle de leur orchestre. Exprimer les teintes mordorées voire ténébristes des situations en droite ligne du roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincérité du cœur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestré par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques précédents signés Vivaldi à Venise… Aucun doute cet Orlando de Haendel touche autant qu’Alcina, par la justesse du regard psychologique. Des êtres de chair et de sang paraisse ici, loin des archétypes baroques.. Orlando de Haendel à l’Opéra de Zurich William Christie JD Herzog (reprise) Les 13, 16, 20, 22 et 24 mai 2016 Avec B. Mehta, Fuchs, Galou, Breiwick, Conner Orlando : Bejun Mehta Angelica : Julie Fuchs Medoro : Delphine Galou Dorinda : Deanna Breiwick Zoroastro : Scott Conner Réservez http://www.opernhaus.ch/vorstellung/detail/orlando-16-05-2016-17573/



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19 mai

Festival de Gstaad 2016

GSTAAD, Festival (Suisse). 14 juillet – 3 septembre 2016. “Musique et famille”. Pour ses 60 ans, le festival à l’air pur propose 70 concerts en 2016… Cette année le festival estival suisse joue la carte des fratries et des familles musicales : qu’il s’agisse des compositeurs évoqués en “familles musiciennes, en dynasties enchanteresses”, ou des interprètes invités en 2016, place donc aux filiations directes, surtout frères et sœurs que la musique accompagnent leur vie durant dans la complicité et le partage artistique, … le festival 2016 selon le souhait de son directeur Christoph Müller (depuis 2002), met l’accent sur les complicités irrésistibles : ainsi les soeurs Khatia & Gvantsa Buniatishvili, Katia & Marielle Labèque…, les frères Kristjan et Neeme Järvi, la dynastie des clarinettistes Ottensamer, les frères Janoska … Fondé en 1957 par le violoniste légendaire Yehudi Menuhin dont 2016 marque le centenaire, le festival de Gstaad dans les Alpes Suisses sait accorder la splendeur des sites naturels à la passion des musiciens qui le font vivre chaque été. C’est selon le voeu de Yehudi Menuhin, une expérience unique au monde pour le public et les artistes acteurs, venus du monde entier jouer, partager, approfondir les œuvres autour de valeurs clés : exigence, amitié, détente… A l’été, 70 concerts résonneront jusqu’aux cimes enneigées : récitals, musique de chambre, concerts symphoniques, à l’église de Saanen ou sous la tente du festival, silhouette désormais emblématique de l’événement estival. Festival de Gstaad 2016… La musique en famille SCENE ORCHESTRALE. Aux côtés des programmes plus intimistes, d’ores et déjà les rendez vous orchestraux (établis depuis 1989) sont très attendus, offrandes exaltantes nées de l’entente entre les instrumentistes et leur chef …à forte personnalité. Pas moins de quatre grandes phalanges viendront à Gstaad en 2016: Giovanni Antonini & le Kammerorchester Basel, Valery Gergiev & le Marijnsky Theatre Orchestra St. Petersburg, Riccardo Chailly & le Filarmonica della Scala Milano, Gianandrea Noseda & le London Symphony Orchestra… Côté récitals de grands solistes, ou tempéraments à suivre absolument, ne manquez pas l’extrême sensibilité virtuose de Maria João Pires, Daniel Hope, Lang Lang, Gabriela Montero, Sir András Schiff, Patricia Kopatchinskaja, Sol Gabetta, Bryn Terfel, Anja Harteros, Fazil Say, Maxime Vengerov, Diane Damrau, Bertrand Chamayou, Renaud Capuçon, Philippe Jaroussky, Valery Sokolov, Didier Lockwood ou le geste incandescent et intérieur du Quatuor Ebène… TEMPS FORTS. Parmi les nombreux temps forts, soulignons entre autres, le concert du violoniste Daniel Hope, habitué de Gstaad comme de l’Oberland bernois, et surtout héritier et ancien élève de Yehudi Menuhin auquel il a rendu hommage dans un récent cd édité chez Deutsche Grammophon (“Daniel Hope… my tribute to Yehudi menuhin” : oeuvres de Mendelssohn, Reich, Vivaldi, Henze, Taverner, Elgar…)… son concert du 24 juillet reprend en partie les pièces jouées dans l’album discographique (avec l’Australian chamber orchestra). Parmi les autres hommages à Menuhin : Requiem de Mozart par Paul McCreesh (les 15 et 16 juillet), les 3 récitals d’Andras Schiff les 20, 23, 25 juillet), le concert de clôture “Happy Happy Birthday Yehudi” avec Gilles Apap, Valery Sokolov, Didier Lockwood… l’Orchestre Symphonique de Berne sous la direction de Kristjan Järvi (le 3 septembre)… Les amateurs de musique de chambre apprécieront en particulier le Gala Beethoven à deux (Maria Joao Pires et Sol Gabetta, le 17 juillet), Louis Schwizgebel-Wong (le 3 août), les soeurs Bunitaishvili (le 4 août), les membres du Quatuor Ebène (le 8 août : “Confidences d’Isis et d’Osiris”, Haydn, Debussy, Beethoven…), Bertrand Chamayou et la suite de son Projet Ravel (le 16 août) ; les chefs d’oeuvre viennois défendus par Isabelle Faust, Jean-Guilhen Queyras et Alexander Melnikov, le 26 août… Les festivaliers plus lyricophiles ou amateurs de beau chant ne manqueront pas entre autres : récital d’Arabella Steinbacher, le 28 juillet ; concert de lieder et mélodies de R. Strauss et Dvorak par Diana Damrau et Xavier de Maistre, le 14 août ; Philippe Jaroussky et son ensemble Artaserse le 25 août ; le Gala Opera (avec Anja Harteros, Bryn Terfel sous la direction de Gianandrea Noseda, le 28 août)… Le thème de la famille n’est pas seulement à Gstaad une affaire de musiciens ou d’instrumentistes ; il s’agit aussi d’évoquer les clans et dynasties de compositeurs. Ainsi, la Dynastie Bach (Jean Rondeau, le 18 juillet), la famille Mozart (Gabriela Montero, le 26 juillet)… et aussi un très intéressant programme (évoquant les Schumann et le jeune Brahms, si proches) : Clara, Robert et Johannes, les 22, 23 juillet, autre volet de la série “Musique et Famille”… ; sans omettre une évocation de la famille Mendelssohn (Katia Bunitaishvili, Renaud Capuçon, orchestre de chambre de Bâle, le 17 août)… PEDAGOGIE, TRANSMISSION… une expérience musicale unique à partager. Gstaad ce n’est pas seulement des têtes d’affiche exaltantes, à applaudir le temps d’un concert ; ce sont aussi surtout des tempéraments taillés pour la transmission et l’exercice pédagogique : d’ineffables moments de partage, d’apprentissage, d’explication et d’approfondissement, vécus entre maîtres et élèves. Gstaad, par la volonté de son fondateur Yehudi Menuhin dont l’intelligence pédagogique reste exemplaire, un modèle pour tous, enseigne ainsi à plusieurs profils de musiciens, dont les jeunes chefs qui demain seront les baguettes les plus convaincantes… Ainsi le concert des écoliers du Canton de Berne, entre 10 et 18 ans, appelés à travailler la 9ème Symphonie de Beethoven (Tente de Gstaad, le 2 septembre 2016), sans omettre les Académies du Festival (Gstaad String Academy, concert de clôture, le 15 août ; Gstaad Conducting Academy, le 17 août ; Gstaad Vocal Academy, concert de clôture, le 28 août ; Gstaad baroque Academy, Maurice Steger, concert de clôture le 3 septembre), comme les nombreux concerts pour les enfants et les familles (Beethoven4all, The Pumpernickel company, le 2 septembre). Musique de chambre, concert choral sacré, programmes symphoniques, sans omettre la voix comme les grands moments de partage et de dépassement, prolongements des séries pédagogiques, … toutes les musiques et les expériences musicales sont à vivre à Gstaad, cet été, en famille, dès le 14 juillet, et nul part ailleurs. Gstaad Menuhin Festival & Academy. “Musique et Famille” : du 14 juillet au 5 septembre 2016. Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site du Festival de Gstaad.

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18 mai

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015)

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une énième version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vérité celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe à la musique ; pour l’intégrité de sa réalisation instrumentale… à la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (récent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur à l’éloquence discrète mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habitué des plateaux télé et directs olympiques que des studios où s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le récitant précise le climat concerné, les séquences narratives qui lui sont associées : c’est un relecture des Saisons dans le texte poétique d’époque. TRAME POETIQUE. On peut dès lors associer précisément chaque séquence climatique au prétexte narratif que Vivaldi avait à l’origine conçu, particulièrement doué d’un imaginaire fécond : - joie des villageois réunis en kermesse pastorale “tendre et légère”, orage toujours lointain, aboiements du chien (largo central) pour le Printemps ; - brûlure étouffante d’un air chaud suffocant à l’énoncé des premières mesures de l’été (allegro non molto, le plus long des mouvements soit plus de 5mn) ; le compositeur n’oublie pas les nuées de moustiques sur fond d’orage lointain (adagio central)… jusqu’à ce que la tension palpable, accumulée alors se déverse en un torrent d’éclairs et d’orage menaçant (pour les cordes seules : fougueux Presto final, impétueux de l’été). - la joie villageoise est de retour pour fêter l’automne, le temps des récoltes abondantes et nourricières, avant les délices de la sieste (formidable Adagio central). Pause réparatrice pour mieux réussir la chasse énoncée telle une marche au panache martelé au son du cor (allegro final). - hiver hypnotique… Le plus réussi des Concertos demeure ici l’Hiver : froid saisissant et oppressant du vent du nord dans l’Allegro initial (cordes mordantes et persifflantes, aux couleurs aigres et incisives); puis ondulantes, dansantes et crépitantes mais a contrario, exprimant plutôt la chaleur brûlante des flammes du feu de cheminée (flexibilité onirique des cordes de l’Orchestre baroque de Barcelone). En poète esthète, Vivaldi fusionne finesse du violon et volutes et arabesques des patineurs sur la glace… avant que les vents dont le sirocco-, n’entrent en guerre, atteignant à une implosion recréatrice qui force l’admiration : véritable chaos regénérateur en guise de conclusion mobile. Le chef, compositeur et violoniste Gilles Colliard signe une version des Quatre Saisons, indiscutable Saisons subtiles et caractérisées L’auditeur demeure saisi par la force emblématique des images climatiques et des loisirs humains évoqués, par la justesse des procédés expressifs que le compositeur vénitien a trouvé, pour en réaliser leur transposition musicale, combinant la subtilité et souvent l’inouï. Les interprètes savent ciseler la richesse dynamique liée à la maîtrise technique ; le violon de Gilles Colliard synthétise toutes les avancées de l’approche historiquement informée, en une lecture gorgée de vitalité saine, qui sait aussi murmurer et rugir, trépigner et s’alanguir, au diapason des atmosphères ténues dont Vivaldi a le secret. L’éditeur prend soin de préserver les attentes de chacun : le cd comprend d’abord chacun des 12 épisodes (3 mouvements pour chaque saison) avec le commentaire, – les textes étant lus exactement au bon moment, – au début de chaque épisode pour en comprendre l’enjeu narratif et dramatique ; puis les Quatre Saisons sont jouées sans textes, – traditionnellement, afin que les puristes puissent se délecter de la musique et de l’interprétation, sans parasitage d’aucune sorte. Chef violoniste et instrumentistes barcelonais défendent avec un réel sens des contrastes et des atmosphères chacun des Quatre Concertos. Le geste est sûr, onctueux et détaillé, trouvant d’un Concerto l’autre, ce lien continu qui nourrit la cohérence organique entre eux. Saluons le souci du chef compositeur Gilles Colliard (né à Genève en 1967) : partenaire de Gustav Leonhardt et de Christophe Coin, sa direction est affûtée, contrastée, d’un rare fini caractérisé (profondeur allusive des mouvements lents dont entre autres l’irrésistible adagio molto de l’Automne ou le volet central de L’Hiver…) : son charisme et sa fougue canalisée savent emporter voire souvent électriser les musiciens qui le suivent. L’énergie collective est magnifiquement mise en avant dans cet enregistrement qui s’avère de bout en bout très convaincant. L’enjeu de la partition est idéalement compris et mesuré : le prétexte textuel est évidemment présent dans l’écoute mais la réalisation des interprètes grâce à la justesse des instrumentistes savent atteindre à cette abstraction onirique qui fait de chaque Concerto, le volet d’un retable de musique pure. L’expressivité ardente supplantant ici la seule portée descriptive… Avant Beethoven et sa Pastorale (6ème Symphonie, comprenant elle aussi danses villageoises et orage fameux), Vivaldi éprouve jusqu’aux limites expressives de l’instrument à corde. Partie prenante de son recueil triomphal : “Il Cimento dell’armonia e dell’invenzione (opus 8, publié à Amsterdam en 1725), le compositeur démontre par son génie de la couleur combien harmonie et invention ne sont pas antinomiques mais bel et bien sœurs d’un art souverain à construire Dans ce sens, Vivaldi a atteint un chef d’œuvre d’une richesse poétique infinie, servie ici par des instrumentistes particulièrement inspirés. Seule réserve : le concours de Nelson Monfort apporte le bénéfice du prétexte poétique, préludant à chaque développement musical. Dommage que la prise de son qui intègre la voix du narrateur / récitant ait été réalisée dans une prise trop réverbérante qui semble plaquer artificiellement la voix aux instruments. CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre saisons / Genesis. Version avec résitant / version musicale sans récitant. Nelson Monfort, récitant. Orchestre Baroque de Barcelone. Gilles Colliard, direction. Enregistrement réalisé à Barcelone en mai 2015. 1 cd Klarthe 012. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

Antonio Vivaldi
(1678 – 1741)

Antonio Vivaldi (4 mars 1678 - 28 juillet 1741), était un violoniste et compositeur italien. Vivaldi a été l’un des virtuoses du violon les plus admirés de son temps ; il est également reconnu comme l’un des plus importants compositeurs de la période baroque, en tant qu'initiateur principal du concerto de soliste, genre dérivé du concerto grosso. Son influence, en Italie comme dans toute l’Europe, a été considérable, et peut se mesurer au fait que Bach a adapté et transcrit plus d’œuvres de Vivaldi que de n'importe quel autre musicien. Son activité s’est exercée dans les domaines de la musique instrumentale, particulièrement au violon, et de celui de la musique lyrique, et elle a donné lieu à la création d’un nombre considérable de concertos, sonates, opéras, pièces religieuses: il se targuait de pouvoir composer un concerto plus vite que le copiste ne pouvait le transcrire. Sa véritable reconnaissance a eu lieu pendant la première moitié du XXe siècle Aujourd’hui, certaines de ses œuvres instrumentales, et notamment les quatre concertos connus sous le titre « Les Quatre Saisons » comptent parmi les plus populaires du répertoire classique.



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